Domotique 2.0 : la maison vraiment connectée grâce à l’Internet des objets

Les dernières actualités traitées sur Multiroom viennent renforcer l’idée d’un marché de la domotique en totale mutation, avec des acteurs que l’on n’aurait pas pensé voir ici en train de faire complètement bouger les lignes : Orange, Castorama, Toshiba, etc. A ceux-là s’ajoutent une myriade de petites sociétés fortement impliquées d’une façon ou d’une autre dans la maison connectée comme SmartThingsube ou IFTTT. Pour reprendre l’édito de Emmanuel François, directeur commercial Europe de l’ouest de EnOcean, ces nouveaux entrants grillent « tous les acteurs traditionnels sur la ligne de départ, imposant de facto un nouveau business model ». On ne peut être plus d’accord avec ce point de vue qui caractérise parfaitement l’état des lieux actuel de la domotique.

Toujours à la pointe du marché et des produits depuis les premiers billets en 2004, ce blog ne peut que suivre cette tendance de la maison connectée qui devient (enfin) plus grand public, plus ouverte, moins complexe, et fun ! S’appuyant sur les technologies du web et du social web en particulier, le futur de la maison connectée est intimement lié à l’Internet des objets (IoT). Relisez d’ailleurs à ce sujet ma présentation en début d’année sur le salon Smarthome (sans les commentaires oraux malheureusement) : panorama des révolutions domotiques.

L’échec de la domotique 1.0

Jusqu’à maintenant, on ne peut pas dire que la domotique ait réellement évolué depuis son lancement « officiel » dans les années 80. Le protocole X10 utilisant le courant porteur en ligne et les radiofréquences rendait alors possible l’automatisation de sa maison. De nombreux fabricants ont suivi, quasiment tous avec leur protocole propriétaire, ce qui entraînait un coût certain en obligeant l’utilisateur à rester avec le même fabricant pour la totalité de son installation. Pour obtenir un résultat performant, le passage de câbles était obligatoire, ce qui nécessitait de l’avoir anticipé au moment de la construction, ou bien d’entrer dans une rénovation plus ou moins lourde. Et l’installation restait réservée à des installateurs et intégrateurs dûment formés. Ce sont ces trois contraintes qui n’ont pas permis à la domotique de décoller jusqu’à maintenant : le prix, les travaux d’installation, la dépendance.

Les produits pouvaient bien évoluer, prendre en compte une certaine dose d’universalité grâce au tout sur IP et aux différentes passerelles du marché (protocole XYZ vers IP), ou encore utiliser la nouvelle interface tactile à la mode et au tarif accessible comme l’iPad, cela ne suffisait toujours pas. Même si il y a eu un effort sur le prix final, les trois contraintes n’étaient globalement toujours pas levées. La domotique se cherche. On continue à produire des gammes de produits domotique plus ou moins propriétaires, qui protègent les fabricants, les distributeurs et les installateurs ; en même temps, on cherche à développer le marché en voulant toucher de plus en plus de clients. Le premier est très bien, pour une certaine niche de clientèle, mais il n’est absolument pas compatible avec le second ! Pour que la domotique prenne son envol, il faut déverrouiller les trois cadenas.

Les nouveaux entrants

La première étape, c’est ce qu’a décidé de faire Castorama avec sa BlyssBox : un contrôleur un petit peu onéreux mais pas trop, accompagné de modules d’extension très peu chers, une communication intégralement sans fil et donc sans travaux, l’installation et la programmation parfaitement gérables par l’utilisateur. La seconde étape, c’est ce que propose SmartThings : un contrôleur vraiment pas cher, l’utilisation des produits ZigBee ou Zwave du marché, tout en sans fil, installation et programmation par soi-même. Et ube va encore plus loin avec une troisième étape novatrice : aucun contrôleur, tout en sans fil grâce au WiFi que tout le monde possède déjà, installation et programmation simplissimes. Au centre de ces évolutions, l’Internet des objets réalise le lien entre appareils intelligents, simples objets au coût modique et outils web plus ou moins sociaux. L’Internet des objets va donc être le vecteur de développement d’une maison connectée à la sauce domotique 2.0.

Une question récurrente relevée dans les commentaires des sujets précédents est légitimement posée : qu’en est-il de la sécurité ? Un WiFi pas forcément maîtrisé par l’utilisateur, des données de configuration stockées dans le cloud, … et si les cambrioleurs des prochaines décennies n’avaient plus qu’à se spécialiser dans le hack de réseaux informatiques ? Les produits présentés ces dernières semaines ne répondent peut-être pas positivement à ce problème. C’est un début, il faut bien commencer quelque part. Mais des dizaines de chercheurs et de designers à travers le monde travaillent sur le sujet : sécurité, gateways, plateformes à l’échelle d’un pays, nomenclatures. Le sujet est largement étudié actuellement.

Toutes ces pistes, ces usages, ces attentes, ces solutions, cette recherche contribuent à la mutation d’une domotique 1.0 propriétaire et réservée à une très petite part de la population vers une domotique 2.0 universelle et très grand public.

Pourquoi un livre sur l’Internet des objets et la domotique ?

De quelle(s) façon(s) la domotique va se démocratiser grâce à l’Internet des objets, et à Internet en particulier, est la thèse que je vais exposer dans un livre que je suis en train d’écrire depuis quelques mois. La rupture est tellement forte entre la domotique d’aujourd’hui et celle qui se prépare, que j’avais besoin d’aller plus loin que les billets de ce blog, et de condenser le fruit de ma veille technologique dans un livre accessible, un instantané, d’où on vient et vers où on va. L’objectif est de mettre face à face mon expérience de la domotique en tant qu’ex-intégrateur multi-tâches (bureau d’études, intégration, création d’interfaces, programmation), ma vision des usages telle que je peux la résumer après avoir contribué à la réalisation de plus de 200 maisons connectées (pour la plupart entièrement customisées), et un état des lieux sur les solutions et les objets innovants déjà disponibles, les prototypes des designers, les études des chercheurs. Cela permettra d’en tirer des exemples d’usages sous forme d’études de cas, entre ce que l’on pouvait faire jusqu’à maintenant, et ce que tout le monde peut imaginer pouvoir faire demain.

Il y a tellement de choses à dire dans ce domaine que mon travail de recherche et d’écriture prend bien plus de temps que je ne l’avais planifié. Je vous tiendrai au courant ici de son avancement en publiant extraits et idées directrices. Je vous inviterai à réagir dans les commentaires pour corriger, ajouter des idées ou des sujets que j’aurai oublié et que vous voudriez voir traités dans ce futur ouvrage.

7 commentaires

  1. Bonjour Alban,
    Il y a un autre élément à prendre en compte je pense, c’est l’obsolescence (programmée ou non, sujet à la mode!) des équipements vendus par les Orange, Belkin, Castorama….
    Effectivement les produits sont peux chers.
    Mais je suis certains que ces groupes/marques ne se gêneront pas pour ne pas assurer de compatibilité descendante avec de nouveaux produits/modules à sortir dans les années à venir.
    Rien ne les empêchera de rentre obsolète les premiers modules achetés, obligeant les particuliers à de nouveaux mettre à la main au portefeuille.

    De plus, ces modules ne me semblent pas encore universelle. Si ?
    Est-ce que l’on peut mixer les genres/marques ?

  2. Article très intéressant dans lequel je me reconnais bien ^^

    J’attends depuis longtemps une box domotique
    – très souple techniquement
    – et en même temps ergonomique et intelligente
    – et pont entre la maison et le monde extérieur (IFTTT).

    En fait ce serait bien que les FAI s’y collent MAIS sans code propriétaire (l’investissement dans le hardware à un coût)

    En attendant j’ai codé ma verrue permettant d’interconnecter les objets de la maison: S.A.R.A.H. http://encausse.wordpress.com/s-a-r-a-h/

  3. Bon courage Alban pour la rédaction de ton ouvrage, lecteur assidu du blog Multiroom depuis la première heure, j’ai particulièrement hâte d’avoir ton livre entre les mains!

  4. Ce qui me dérange, dans ce genre de solutions à « monter sois même », c’est qu’elles reposent pour la plus part sur des solutions wifi, et que le programme et l’intelligence sont stockés dans le cloud.

    Il est clair, comme dit dans l’article, que niveau sécurité c’est loin d’être aboutie. Mais il faut bien un début, j’en conviens.

    Après, d’un point de vue intégrateur, notre savoir faire ne concerne pas ce marché il est évident.
    Certes il y aura toujours un marché, mais ce marché restera une niche et ces solutions à faibles coûts ne démocratiseront pas la domotique au sens large du terme.

    Cela développera la domotique pas chère, et à monter sois même.

    Ce n’est pas une critique, simplement un sujet de réflexion que je souhaite approfondir.

  5. Je rejoins complètement le commentaire de Jérome. Les compatibilités, ces grandes enseignes s’en moquent éperdument. Ce qui les intéresse c’est le profit avant tout.
    Un exemple tout récent est édifiant. Un grand fabricant de Smartphone qui décide sur la dernière version de changer de connecteur. On est obligé d’acheter un adaptateur (particulièrement cher) pour venir se brancher sur les bases qui avaient été achetées par les clients.
    Ce n’est qu’un simple exemple, mais qui démontre bien que les solution propriétaires, si elles sont utiles pour une partie du marché, ne répondront pas complètement, à mon avis, à l’évolution du marché de la domotique.
    Ceci dit, je suis impatient de lire ton livre…

  6. Jerome, Chris >

    L’obsolescence, vaste sujet qui s’applique aussi à la domotique. Je n’avais pas retenu ce sujet mais je vais voir si je peux l’insérer dans le livre.

    Je ne vois également pas de raison pour que les fabricants, même de produits très grand public comme Castorama, ne changent pas le protocole pour obliger à renouveler son installation. Ceux qui ont un bus ou un langage propriétaire ne se gênent pas pour le faire (Crestron, Control4 par exemple). Est-ce une raison suffisante pour passer d’un système Blyss qu’il faudra peut-être renouveler tous les 10 ans, à un système KNX, trois, quatre ou dix fois plus cher qui a « normalement » une plus grande durée de vie de par la compatibilité trans-marques ? La différence de coût en vaut-elle la chandelle ?

    Aujourd’hui, la question qui se pose pour le grand public qui hésite à mettre de la domotique dans sa construction ou sa rénovation, c’est le ROI. Avec un gestionnaire d’énergie, on voit très bien le ROI possible. Lorsqu’il n’y a pas vraiment de ROI potentiel (tout ce qui est pur confort et multimédia), là c’est le porte monnaie qui parle, bien avant de se poser la question de l’obsolescence. Il y a aussi l’effet de mode qui passe avant l’obsolescence, pour revenir sur la célèbre marque qui vient de changer son connecteur.

    Jean-Philippe >

    Très intéressant, je suis le projet et j’admire le résultat déjà obtenu avec Kinect.

    Benjamin >

    Je sais que je me suis mal exprimé sur l’un des sujets précédents, mais lorsque les produits communiquent en WiFi, ce n’est pas l’intelligence qui est dans le cloud, mais ce sont les données de configuration. Il n’y a donc pas besoin d’accès web pour faire tourner toutes ces solutions sur IP.

    Par contre, je pense que ces produits à pas cher, aussi bien les gammes Castorama Blyss, Leroy-Merlin Evology ou MyFox à la FNAC, que les objets connectés comme les lampes LIFX ou le système ube, vont contribuer à la démocratisation de la domotique. L’autre phase de démocratisation, elle est entre les mains des électriciens, qui vont devoir réussir à intégrer la « domotique » dans leurs offres, en commençant par les gestionnaires d’énergie.

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