La TV interactive devra concilier interactivité et passivité

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Google TV est au centre de l’actualité depuis quelques semaines. Inutile de revenir sur le principe que vous trouverez détaillé sur le site Google TV, pas besoin de vous rappeler non plus qu’il n’y a à ce jour que trois produits compatibles (une TV Sony, un lecteur Blu-ray Sony et la Logitech Revue), ni de préciser qu’ils ne sont disponibles que sur le marché nord américain.

Jean-David et Eric ont chacun écrit un billet très détaillé sur leur vision de la chose :

Je suis d’accord avec leurs critiques respectives. D’un côté Google TV apporte peu de choses en plus de ce que l’on trouve déjà dans les « box » de nos fournisseurs d’accès, contrairement aux USA où le concept de « box » n’existe pas. De l’autre, les fonctions interactives proposées par Google TV sont-elles réellement pertinentes ?

Il faut revenir sur les points précis qui distinguent Google TV d’une « box », d’un media center ou d’un boîtier multimédia évolué. Google TV se raccorde entre un décodeur satellite/câble et le téléviseur (via HDMI). Cela permet à Google TV de s’afficher en surimpression de l’image provenant du satellite/câble. Ensuite, le boîtier Google TV permet de trouver partout sur le web, sur les services de VOd et de catch-up TV, mais également dans le guide des programmes du satellite/câble, les programmes en lien avec le programme sélectionné (par genre, sujet, acteur, etc.). Lorsque Google TV se paramètre, il faut lui indiquer quel service TV on reçoit pour qu’il puisse justement gérer ce guide des programmes. Enfin, Google TV donne accès à Internet et aux services de types « sociaux » comme Twitter ou Facebook liés au programme en cours si on le souhaite.

sony googletv box

Ces trois fonctions assez novatrices sont-elles suffisantes pour intéresser les téléspectateurs ? Avant même de le savoir, les diffuseurs de programmes ont déjà mis leur veto en interdisant à Google TV l’accès à leurs programmes en ligne. Dans ce test détaillé, le journaliste indique que Google TV lui a proposé des programmes liés ou connexes, mais qu’il n’a pas pu les lire à cause de ces interdictions. C’est déjà une première barrière non négligeable, surtout si de plus en plus de diffuseurs s’y mettent !

La seconde barrière pourrait bien venir des téléspectateurs eux-mêmes. Google TV répond-t-il à une envie ou un besoin réel ? Pouvoir mettre en pause le direct ou préparer ses enregistrements grâce au guide des programmes sont deux avancées utilisées de façon générale car elles répondent à des attentes simples : au lieu de rentrer l’heure, la chaîne et la durée d’un programme, on le choisit dans une grille ; au lieu de perdre une miette de son programme, on peut le mettre en pause pour le reprendre ensuite. L’interactivité est limitée dans ces deux cas, mais elle est surtout à un ou quelques clics de télécommande. Elle ne demande aucun effort particulier, on s’y habitue très vite, on est bien dans la continuité de la télévision telle qu’on la voit évoluer depuis ces dernières décennies.

Google TV est un système qui vient bousculer cette lente évolution. Premier indice, la télécommande est un clavier complet. On n’est donc plus avec la télécommande au bout de la main à appuyer uniquement sur les touches de direction pour sélectionner le programme dans le guide, sans même avoir besoin de regarder la télécommande. On passe d’un geste ultra basique, proche de la passivité à peine améliorée (la télécommande pour la télévision a déjà plus de 30 ans), à un clavier demandant attention, concentration et même maîtrise pour les non aguerris à l’outil informatique.

C’est là que la rupture se fait entre ce que nous avons aujourd’hui et ce que propose Google TV : l’interactivité vient s’opposer à la passivité à laquelle tout téléspectateur s’est habitué depuis qu’il a regardé la TV pour la première fois.

Aujourd’hui, la façon la plus courante d’être interactif avec sa TV, c’est la console de jeux. Et dans ce domaine, l’interactivité est de plus en plus poussée : après la manette demandant des efforts physique de la Wii, le système Microsoft Kinect de la XBOX n’a même plus besoin de manette du tout. On devient interactif avec sa TV, sans rien dans les mains. Ceci quand on l’a décidé : on ne regarde plus un programme passivement, on passe sur l’entrée Auxiliaire et on allume la console, on se lève et on joue.

L’interactivité proposée par Google TV, c’est la recherche de programmes en ligne d’un côté, mais qui risque d’être vite limitée par les diffuseurs de programmes, mais c’est aussi le navigateur Internet, Twitter ou Facebook. Le téléspectateur veut-il réellement utiliser ces services sur son téléviseur en surimpression de ce qu’il est en train de regarder ? Qu’est-ce qui le pousserait à passer de son ordinateur, son smartphone ou son iPad à l’écran de sa TV ? Mais surtout, le téléspectateur a-t-il envie d’être actif devant sa TV ?

Les téléviseurs sont de plus en plus équipés de service interactifs intégrés : navigateur web, flux RSS, flickr, Google Maps, … Qui les utilise vraiment ? C’est sympa la première fois de se dire que l’on a tous ses services sous la main, on en fait le tour, et puis après ? De toutes les TV que j’ai pu mettre en service chez des clients ces derniers mois avec tous ces services interactifs intégrés, aucune d’entre elles n’a été reliée au réseau. Je dis bien aucune. Aucun de ces clients n’en a l’utilité ou l’envie.

Je pense que chaque outil a sa fonction et ses services et que la TV n’a pas forcément pour but d’être un outil d’interactivité. C’est un outil de détente et de divertissement duquel on reçoit des images (informations, sports, cinema, etc.) et sur lequel on applique un contrôle restreint (changer de chaîne/programme, enregistrer un programme pour le voir plus tard). J’ai l’impression que la tendance actuelle qui mélange deux activités distinctes en même temps, regarder la TV tout en tapant sur son ordinateur portable ou son iPad, correspond à une logique, une envie des téléspectateurs. Google TV qui se propose de rassembler les deux sur le même écran ne correspond donc peut-être finalement à aucune demande ou envie.

De notre côté de l’Atlantique, la norme HbbTV se propose de normaliser ces services intégrés aux TV connectées. Une sorte de super Teletext en gros. Je serai quand même curieux d’avoir des statistiques sur l’utilisation des services intégrés des TV connectées ? Si vous savez où trouvez cela, je suis preneur. Olivier détaillait à ce propos le mois dernier sur son blog les services des différents constructeurs de TV en cours ou à venir. Que ce soit Google TV ou HbbTV, le but final est bien entendu mercantile : profiter des interactions proposées qui font « wow » pour pousser un peu (beaucoup) de pub supplémentaire ou de trucs à vendre directement via la TV (HbbTV et le télé achat « augmenté »). Ce qui me fait conclure sur le fait que tout cela n’a pas vraiment un but de répondre aux attentes des téléspectateurs, car si on leur demandait, je pense que supprimer la publicité de la télévision plutôt que d’en ajouter encore serait en tête de liste !

6 commentaires

  1. Merci d’avoir linké mon article 😉

    Plus ça va, plus je me demande si la vision d’Apple n’est pas la bonne (et pourtant, dieu sait si j’avais été déçu par la v2 d’AppleTV) : considérer la TV comme un terminal sur lequel on ne peut interagir.

    Si l’on reprend la logique d’Airplay d’Apple, sa TV ne permet que d’afficher, dans d’excellentes conditions certes, un contenu en provenance d’un autre support (un NAS par exemple, ou sur le cloud), et surtout, piloté par un autre périphérique (dans le cas d’Apple, via l’interface d’un iPhone ou d’un iPad). C’est sacrément restrictif par rapport à ce que promet une GoogleTV, mais ça a le mérite de prendre la TV pour ce que c’est : un écran sur lequel on est le plus souvent en situation de passivité, et avec lequel il n’est pas facile d’interagir sans avoir à subir des télécommandes imbitables.

    Bref, wait and see, et merci pour tes explications très complètes !

  2. jdo >

    Je suis d’accord avec ta vision des choses ! La TV doit être interactive lorsqu’on le demande et pour des actions bien précises. AirPlay me semble correspondre à une logique et une demande : je cherche sur mon iPad, quand j’ai trouvé, je l’envoi vers la TV.

    AirPlay réussira-t-il à faire ce que Windows n’arrive pas à imposer via la fonction « Send to UPnP » qui est déjà assez géniale dans le principe ? (mais qui n’est pas assez bien implémentée ergonomiquement parlant)

  3. Editeur de contenus en télévision interactive, je partage votre analyse sur Google TV mais pas le dernier point qui remet en question l’interactivité TV.

    Nous sommes présents sur ce marché depuis 1998 et je vous confirme qu’il y a bien une audience pour ces services là…

  4. Je veux bien vous croire, mais dans quel pourcentage par rapport au nombre de TV en fonction (ou de TV connectées) ?

  5. La majorité des personnes regardant la TV n’orront certainement jamais besoin de services interactifs sur leur TV. Mais est ce que pour autant les nouvelles génération de TV ou autres box ne seront elles pas mis en vente. Je vous rappelle que Google TV c’est Google, Sony et Logitech, et je pense que la concurrence vas suivre cette voix. Alors que l’utilisateur soit demandeur ou pas, les produits seront quand même développés et mis sur le marché. Qui aujourd’hui à besoin de toutes ces fonctions sur les portable ? Personne! Et pourtant tous veulent un téléphone nouvelle génération. Et qui veux encore acheter une box qui ne fait qu’enregistré les programmes ? Je pense que Google TV risque bien de s’imposer comme ils le font un peux partout sur la toile.

  6. Tout à fait d’accord avec cette analyse sur les besoins réels des consommateurs. Par contre, pas sûr que GoogleTV, sous cette forme en tous les cas, s’impose…

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