Comment connecter une chaîne HiFi des années 80 au multiroom ?

Comment connecter une chaîne HiFi des années 80 au multiroom ?

Pour cette installation du mois, je laisse la parole à un fidèle lecteur du blog Multiroom. Il va nous expliquer comment à décider de passer au multiroom sans se ruiner. Et ce n’est pas seulement de la lecture dans plusieurs pièces, il y a aussi du restream d’un platine vinyle.

Du CD à la dématérialisation

Mon histoire a commencé il y a une dizaine d’années lorsque j’ai réalisé que ma chaîne HiFi des années 80 n’était plus vraiment au goût du jour ! Certes mes fabuleuses enceintes Cabasse Galion 4 alimentées par un amplificateur Naim NAP 200 restaient d’actualité. Mais j’avais de plus en plus l’impression d’écouter les mêmes CD à longueur de journée !

Pendant ce temps-là, le monde de la musique était en pleine effervescence avec le développement rapide des services de streaming et la mise en ligne de dizaines de millions d’albums dématérialisés pour le bonheur des passionnés de musique.

Ma première initiative fut donc de numériser mes dizaines, voire centaines de CD afin d’y accéder plus facilement depuis un petit serveur NAS. J’avais alors lié ce dernier en Airplay grâce à une borne Apple Airport Express (une centaine d’euros à l’époque). La sortie audio de cette borne était connectée à mon ampli/pré-ampli. Ma satisfaction avec ce système audio de qualité CD (16 bits) et mon abonnement Deezer (MP3) de l’époque n’aura duré que quelques mois…

D’AirPlay vers l’open source

En effet, une fois le doigt dans l’engrenage de la dématérialisation et de la haute définition musicale (la qualité CD ne me suffisant plus, sans parler du MP3…), il me fallait chercher une solution ouverte, facile à utiliser et pas trop onéreuse. Mon but était de pouvoir accéder facilement à l’ensemble de mes CD, mes radios Internet favorites et mon nouvel abonnement de streaming musical Qobuz Studio en 24 bits, 192 KHz (le top). Je souhaitais également permettre à chacun des membres de la famille de diffuser sa propre musique dans la ou les pièces qu’il souhaitait, le tout en multiroom. Exemple : cuisine + salon simultanément, ou seulement les chambres à l’étage, etc.

Bien sûr il existait sur le marché, des solutions de qualité, intégrées par des constructeurs de renom mais celles-ci étaient hélas trop chères à mon goût. De plus, elles n’étaient pas toujours très ouvertes, enfin, je veux dire très compatibles entre elles…

Après pas mal de recherches sur Internet, j’ai découvert une solution ouverte et gratuite nommée LMS (Logitech Media Server). Celle-ci fonctionnait directement avec les tout nouveaux nano-ordinateurs Raspberry Pi dont le prix ne dépassait pas quelques dizaines d’euros chacun. J’ai donc décidé de me lancer dans l’aventure, à savoir la mise en œuvre d’une telle solution, aussi audiophile que possible.

Raspeberry Pi et Logitech Media Server

Au bout de quelques jours de lecture des forums spécialisés et de bricolage informatique, je réussis à mettre en œuvre ma première solution connectée multiroom à l’aide d’un premier Raspberry Pi 2B et d’une carte DAC (convertisseur numérique vers analogique) de la marque IQaudio, le tout pour un peu plus d’une centaine d’euros. Seules quelques vis auront été nécessaires sans une seule soudure car la carte DAC était directement enfichable sur le Raspberry.

La mise en œuvre aura ainsi consisté en l’intégration du fameux Raspberry Pi dans son boîtier, la gravure sur une carte SD de 8 Go (avec SD Card Formatter et ApplePiBaker ou balenaEtcher) de la solution max2play qui facilite grandement la vie des novices. Elle est disponible en téléchargement pour Raspberry Pi, en version limitée gratuite ou plus complète mais payante. Pour information, max2play intègre une distribution Linux récente. L’activation de LMS au sein de max2play se fait facilement pour de nombreuses cartes DAC du marché comme Hifiberry, IQaudio, Audiophonics, JustBoom, Allo…

Le restream de la platine vinyle

Hélas, tout ceci n’est resté valable que jusqu’au jour où ma femme a souhaité, le temps d’un confinement, réécouter les vinyles de son enfance. Quelle idée, me suis-je dit ! Après tant d’efforts pour simplifier nos vies, ma chère épouse me demande de revenir trente années en arrière.

Qu’à cela ne tienne, je lui offre une élégante platine vinyle Pro-Ject RPM-1 pour son anniversaire et je la branche à mon ampli/préampli. Affaire classée ou presque… Car très heureuse de son cadeau, elle n’a pas mis très longtemps à me demander sur quelle touche il fallait appuyer pour écouter ses vinyles dans les autres pièces de la maison, voire dans plusieurs à la fois, comme pour le reste de la musique… Aïe, la technologie analogique n’est pas ce qu’il y a de plus pratique pour ça !

Une nouvelle question se posait : comment transformer le signal analogique de la belle platine RPM-1 en signal numérique (même si les puristes ne me le pardonneraient jamais…) et comment réémettre (restreamer) celui-ci dans toute la maison ?

Une carte d’acquisition audio pour Raspberry Pi

Je doutais du fait qu’une solution simple existait et pourtant je ne suis pas allé chercher très loin. LMS m’a également permis de réaliser cette prouesse avec le plug-in Waveinput et une carte d’acquisition Hifiberry ADC 24 bits, un convertisseur analogique vers numérique.

Depuis ce jour, ma femme peut écouter ses vinyles sur notre fameuse chaîne HiFi des années 80 ainsi que sur les différentes enceintes connectées de la maison.

Pour des questions esthétiques, j’ai fini par déplacer la platine vinyle à dix mètres de l’ampli et donc des enceintes. Un Raspberry Pi supplémentaire dédié transmet désormais la musique numérisée en temps réel (ou presque) dans toute la maison. Pour l’écoute sur les enceintes principales Cabasse Galion, ce Raspberry Pi se comporte comme un serveur musical. Il transmet le flux audio à l’autre Raspberry Pi qui joue le rôle de client, nommé Platine dans LMS.

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La platine RPM-1 éloignée de l’ampli
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Avec le second Raspberry et son convertisseur ADC juste en dessous

Du multiroom complet grâce à LMS

Finalement, cette solution Raspberry Pi + LMS sait presque tout faire. Compatible Airplay, Chromecast, DLNA, elle est nativement multiroom et permet le transfert d’une écoute audio d’une pièce vers une autre. Elle gère pratiquement tous les flux audio (FLAC, AAC, WAV, MPEG-4, MP3, Apple Lossless, OGG, WMA…) quel qu’en soit le débit. Il est également possible d’écouter ses radios web préférées disponibles dans les formats FLAC, OGG, AAC ou MP3.

Hélas ces webradios sont encore trop rares en qualité HD. Heureusement il en existe quelques-unes qui sont gratuites comme Fréquence 3, Hi On Line, NRJ, 95bFM, SuperStereo, Radio Paradise, Naim (Classical ou Jazz), Sector Classical et bien d’autres. Espérons que nos amis de Radio France (avec France Musique ou FIP, entre autres) comprendront un jour l’intérêt de la haute définition ! Une appli Radio France est également intégrée dans LMS.

Les enceintes connectées compatibles avec mon système pourront donc être de marque Sonos, Kef, JBL, Audio Pro, Libratone, Bluesound… Ou tout simplement celles de votre vieille chaîne HiFi comme dans mon cas.

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Schéma de l’installation principale basée sur deux Raspberry Pi
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Utilisation d’un dongle Chromecast Audio pour connecter un piano Roland avec enceintes monitoring EVE
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Mon autre installation, à la campagne, réside dans un petit meuble intégrant Raspberry + ampli + box + enceintes passives ATC SCM11

L’interface de commande

Toute chaîne HiFi a bien sûr besoin d’une télécommande. Le plug-in Material Skin de LMS permet d’en obtenir une depuis n’importe quel navigateur installé sur un téléphone, une tablette ou tout ordinateur. Chacun peut en personnaliser la présentation.

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Affichage de la télécommande sur mobile, pour Qobuz et la source Platine Vinyle

Ici, l’affichage montre la qualité sonore très élevée sur Qobuz : FLAC sans pertes à 5612Kbp/192Khz pour Norah Jones avec ses enregistrements de qualité extrême.

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Choix des enceintes, de la source sonore et de l’album
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Contrôle individuel et synchronisation de toutes les zones

Automatisation du multiroom avec Domoticz

Au bout du compte, comme la mise en œuvre s’est révélée plus simple que prévu, je me suis dit que j’allais pousser le bouchon encore un peu plus loin. Mon nouvel objectif : que tous les équipements s’allument et s’éteignent automatiquement au lancement et à l’arrêt de la musique.

J’ai donc greffé le logiciel gratuit de domotique Domoticz à l’un des Raspeberry Pi. L’objectif était le suivant : que l’ampli ou la platine vinyle soient alimentés lorsqu’une écoute est lancée puis éteints lorsque la musique est stoppée. Il m’aura fallu acheter quelques prises connectées et y passer quelques jours de plus.

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Extrait d’un des panneaux de contrôle Domoticz

Aujourd’hui cet ajout de Domoticz, qui pourrait aussi être l’un de ses logiciels concurrents comme Jeedom ou Home Assistant, me permet même de faire aboyer mes chiens de garde virtuels (via de simples fichiers audio) sur mes enceintes multiroom connectées, au cas où un intrus s’aventurerait sur ma terrasse en mon absence !

Prochaine étape : monter en gamme du côté DAC pour augmenter la précision du système audio (limitation du jitter et autres distorsions) tout en limitant mon investissement à quelques centaines d’euros et non pas quelques milliers…

Désormais, il n’y a plus que mes vinyles qui ne sortent pas de leurs pochettes tous seuls…

Un rapport qualité/prix défiant toute concurrence

J’utilise toujours cette solution aujourd’hui et elle a même fait des petits chez des amis qui n’ont pas résisté à son charme et à son prix défiant toute concurrence !

Le coût de la solution est le suivant, avec ou sans la gestion de la platine vinyle distante :

  • de 150 à 300€ pour un ou deux Raspberry Pi et leurs cartes mémoire SD (100€ les deux),
  • ainsi que les cartes DAC et ADC (120€ les deux),
  • boîtiers et alimentation (40€),
  • quelques câbles Ethernet, RCA/RCA ou RCA/jack.

Pour les moins courageux, il faut savoir que d’excellentes versions intégrées équivalentes existent pour environ 250 à 300€ (sans la partie gérant la platine vinyle). Il y a donc ici de quoi s’amuser qu’on soit geek ou moins geek, riche ou moins riche. Voici quelques pistes pour conclure cet article.

Mon avis sur cette installation

Si l’on est prêt à mettre un petit peu les mains dans le cambouis, le coût d’un système multiroom peut rester très raisonnable. En reproduisant le parcours détaillé dans cet article et en suivant les nombreux tutoriels en ligne, on peut y arriver. L’avantage est également de pouvoir ajouter les zones les unes après les autres selon son besoin. La possibilité de restreamer des sources physiques, toujours pour un coût modique, est un avantage de poids. Le seul problème qui se pose réside dans la difficulté à trouver actuellement des cartes Raspberry Pi à cause des problèmes de disponibilité des composants…

Découvrir les dernières installations :

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Mai – Un système audio immersif en 43.2 canaux au Japon
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Mars – Visite privée d’une résidence entièrement équipée en multiroom par MultiZone
Février – Une installation multiroom sur une chaîne YouTube de rénovation
Janvier – Une installation audio multiroom Dante pour un espace de coworking

4 commentaires

  1. Bonjour, sur votre schema il y a un deuxieme RPi qui fait juste streamer, donc il n’a pas besoin du serveur LMS mais seulement de la partie streamer du logiciel, appellé Squeezelite. Mais peut-etre qu’avec Max2Play le serveur LMS tourne malgrès tout mais alors ca vous fait deux serveurs sur votre reseau. Je sais qu’avec la distribution PiCorePlayer on peut activer seulement Squeezelite et pas LMS.
    Le NAS a un cout aussi. tout le monde n’a pas de NAS chez soi. Mais heureusement on peut aussi mettre sa musique sur une clé USB qu’on branche sur le RPi. Enfin sur votre RPi 2 qui a de l’usb 2 ce sera peut-etre un peu lent pour charger la musique, je ne sais pas.

  2. Bonjour, en effet, tout ceci est exact mais j’avais installé le premier Raspberry Pi bien avant le second et je n’ai pas remis en question mon installation initiale. Pour ce qui concerne le NAS il ne me sert plus à grand chose aujourd’hui si ce n’est à écouter quelques CD introuvables. J’utilise, aux mêmes fins de NAS, la carte SD du nouveau Raspberry (celui dédié à la Platine Vinyle dans mon cas) . Celui-ci me sert aussi de serveur de stockage bon marché pour mes caméras de surveillance et même de serveur VPN pour accéder à la maison depuis l’extérieur). Bref de quoi s’amuser pour les geeks en herbe comme moi ! Bien à vous, Bernard R.

  3. Pour bien comprendre : quand vous dites « j’ai greffé Domoticz » cela veut dire que vous avez flashé Domoticz sur la carte SD (au lieu de Max2Play comme dit le schéma) ? Et Domoticz fait à la fois Squeezelite (client LMS) et serveur de stockage de données audio et autres ? les deux à la fois ?

    1. Je suis bien parti d’une image max2play et j’y ai ajouté la solution Domoticz. LMS peut être déclaré comme un « add-on » de Domoticz. Le même Raspberry Pi sert donc à la fois de serveur domotique et musical (serveur et client squeezelite avec une carte DAC), et de serveur de données NFS et Samba. Je n’ai toutefois pas réussi à installer mon serveur VPN sur ce RPi ! Je l’ai donc installé sur le second. Bernard R.

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