Sonos vs Google, Sonos vs Bluesound, obsolescence programmée : Sonos dans la tourmente ?

Sonos vs Google, Sonos vs Bluesound, obsolescence programmée : Sonos dans la tourmente ?

Sonos règne sur le marché de l’enceinte sans fil et du multiroom en général depuis près de quinze ans maintenant. Le succès de la marque n’a jamais été démenti. Mais plusieurs événements récents mettent à mal l’image de la marque et viennent quelque peu obstruer le boulevard qui était ouvert devant elle. Des procès d’un côté, une stratégie hasardeuse de remplacement des produits de l’autre : où en est Sonos aujourd’hui ?

Nous n’avons pas les chiffres exacts de vente des produits de la marque Sonos depuis son lancement. En quinze ans, la gamme a su rester concise et cohérente autour des streamers, des enceintes sans fil et des barres de son connectées.

En revanche, on sait que 92% des appareils vendus depuis lors sont toujours installés et en fonctionnement. Une donnée importante qui néanmoins pose problème car c’est le cœur de la polémique actuelle : la résilience devenue encombrante des appareils les plus anciens.

Recyclage Sonos forcé

Depuis l’automne dernier Sonos propose de vous offrir 30% de remise sur un nouveau produit si vous vous débarrassez des anciens. Cela concerne les différentes évolutions des streamers ZonePlayer et Connect.

sonos streamer connect connect amp
Les streamers audio Sonos existant sous une forme quasi identique depuis quinze ans : le Connect à gauche, le Connect Amp à droite. – ©Sonos

Ces petits boîtiers blancs amplifient une paire d’enceinte ou ajoutent la fonction Sonos à un ampli HiFi non connecté. Cette offre concerne également l’enceinte Play:5 première du nom.

Comme beaucoup de personnes, j’ai cru que Sonos reprenait ces produits que l’on souhaitait remplacer. Jusqu’à ce que je tombe sur Twitter sur un message étonnant durant les fêtes.

sonos recyclage trade up
Sonos explique comment mettre à niveau votre système en bénéficiant de 30% de remise sur un nouveau produit. – ©Sonos

Une personne travaillant dans un centre de recyclage aux Etats-Unis expliquait qu’il recevait des appareils Sonos dont il ne pouvait rien faire. Son job, c’est de vérifier si ce qu’il reçoit peut être remis en route pour rentrer à nouveau dans un circuit de commercialisation ou pour être donné à des œuvres de charité.

Il nous explique que les produits Sonos reçus en déchèterie sont “brickés”. Ils ont beau être esthétiquement parfaits et prêts à repartir, ils sont bloqués. Et qui plus est, volontairement.

En effet, la procédure de Sonos n’implique par de renvoyer un ancien produit pour une réutilisation, contrairement à ce que je pensais. Non, Sonos vous offre 30% de remise si vous désactivez volontairement un “ancien” produit parfaitement fonctionnel. Puis vous devez le déposer dans une déchèterie.

Faire table rase du passé

Du point de vue de Sonos, il y a une logique de satisfaction client. Ces produits sont anciens, ils ne bénéficient pas des dernières évolutions comme AirPlay 2 notamment. Sonos préfère éviter que des produits dépassés changent de main pour cette raison précise :

  • Sonos veut éviter que des personnes intéressées s’étant renseignées sur l’univers Sonos soient déçues après avoir acheté un ancien produit d’occasion. L’expérience Sonos serait alors compromise.

Techniquement, on peut aussi comprendre que des produits électroniques ayant 15 ans d’âge ne puissent plus être mis à jour. Même si on le regrette, c’est la loi de l’évolution high-tech.

Mais ce qui est gênant, c’est la destruction pure et simple de ces produits. Enfin ils sont “recyclés”, mais le résultat est le même : ils deviennent des déchets.

Un firmware “final” sans mise à jour ultérieure pourrait leur permettre de vivre tant qu’ils fonctionnent, dans un mode réduit. Pourquoi pas uniquement en mode UPnP/DLNA ? Ils resteraient compatibles avec bon nombre d’applications gratuites ou payantes comme mconnect, BubbleUPnP ou Roon.

Nous, en tant que consommateurs, ça nous arrangerait. Et puis ça ferait moins de mal à la planète. Pourtant Sonos, côté en bourse, a besoin de vendre des produits encore et encore dans le monde consumériste qui est le nôtre.

Un produit qui dure trop longtemps, c’est bon pour la planète, mais pas pour le business

Malgré tout, je n’accable pas Sonos sur ce point. Cette situation n’est pas seulement de leur fait : tous les fabricants de matériel électronique sont concernées et dans tous les domaines.

Cette situation est aussi de notre ressort. A vouloir changer de téléphone, de tablette, de téléviseur, d’ordinateur tout le temps, nous avons aussi notre part de responsabilité dans ce gâchis.

Nous aurions pu choisir d’acheter uniquement des produits durables et de refuser ceux nécessitant des mises à jour et une liaison continue avec des serveurs Internet.

Par exemple :

  • si vous regardez la télévision via une box ou un décodeur satellite, vous pouvez acheter un moniteur vidéo professionnel (LCD, OLED, 4K…) dépourvu de toute fonction annexe, ne nécessitant jamais de mise à jour.
  • pour écouter la musique, vous pouvez acheter des enceintes actives auxquelles relier un ordinateur, même ancien, ou même une petite carte Raspberry Pi jouant le rôle de streamer.

Bien sûr, ces exemples ne sont pas vendeurs, pas du tout plug-and-play et encore moins sexy. Ils ne sont pas non plus valorisants. Mais ils sont durables.

Une problématique de geeks high-tech pour l’instant

Sonos est en tous les cas dans le collimateur des geeks, des passionnés et des sites d’information high-tech. Nul doute que le grand public n’est pas au courant. Voire, il n’en a que faire.

A moins que Sonos décide de “déconnecter” ces anciens produits ZonePlayer et Connect quand leur intégration technique dans l’environnement Sonos actuel ne sera plus possible ?

sonos dock ipod
Le Sonos Dock pour iPod et iPhone. Le connecteur 30 broches donne une idée de son ancienneté.

Cela est déjà arrivé au Sonos Dock et à la télécommande Sonos Controller CR100. Deux produits anciens qui d’abord n’ont plus été supportés, puis qui ont ensuite été désactivés chez les utilisateurs.

Espérons que cela n’arrive pas aux produits concernés par cette opération de “recyclage”. Imaginez si votre enceinte Sonos Play:5 parfaitement fonctionnelle, pour laquelle vous n’avez pas souhaité bénéficier du programme de recyclage, devenait un joli presse-papier du jour au lendemain ? Les répercussions commerciales pourraient vraiment être dévastatrices cette fois.

Sonos vs Bluesound et maintenant Sonos vs Google

En 2014, Sonos attaquait en justice le groupe Denon/Marantz pour sa gamme d’appareils audio sans fil HEOS. Mi-2018, après avoir remporté la première partie du procès, les deux parties sont parvenues à un accord.

Lire également : Fin des procès, Sonos et HEOS ont enterré la hache de guerre

Nous ne savons rien de cet accord. On notera juste que depuis quelques semaines, la gamme HEOS a disparu. Les barres de son ex-HEOS ont été intégrées dans la gamme Denon classique. Quant aux nouvelles enceintes sans fil, elles s’appellent Denon Home.

HEOS est désormais une technologie audio réseau et multiroom intégrée aux produits Denon/Marantz et non plus une gamme séparée.

Ajouté le 08/01/20 : Sound United (groupe Denon/Marantz) m’a précisé que ce changement “(…) n’a absolument aucun rapport avec Sonos ou avec le procès”.

lenbrook bluesound bluos family
La famille Bluesound au complet. Des produits à la présentation proche de Sonos, comme HEOS, et aux fonctions utilisant les brevets de Sonos. – ©Bluesound

A l’été 2019, Sonos a attaqué Lenbrook en justice pour sa gamme Bluesound. Le sujet du procès est le même que pour HEOS : la violation de plusieurs brevets. Sonos revendique en effet être le premier à avoir inventé la diffusion audio sans fil, synchronisée, groupée, etc.

Ces fonctions nous semblent aujourd’hui banales. Elles ont été reprises par les concurrents comme HEOS et Bluesound, et bien d’autres. L’ont-ils fait en toute bonne foi ou pas ? Nous ne le saurons jamais. Quoi qu’il en soit, elles sont protégées par des brevets déposés par Sonos.

Sonos ayant eu gain de cause contre HEOS, le fabricant américain s’attaque donc aux suivants. Bluesound en juin 2018. Et aujourd’hui Google et sa gamme Home.

google home family multiroom
Les produits audio Google Home. Sonos n’attaque pas la gamme, clairement différente, mais la technologie Chromecast basée abusivement sur ses brevets. – ©Google

C’est une autre paire de manche, un mastodonte même. Pourtant, Sonos leur reproche toujours la même chose : la violation de ses brevets. Concernant Google, le protocole Chromecast est dans le viseur : les fonctions de diffusion sans fil, de synchronisation, de groupage.

D’après les informations liées à ce procès à venir, Sonos indique avoir négocié sans discontinuer avec Google depuis 2016 pour trouver un accord, et ce sans succès. Leur dernière solution étant donc ce procès.

Après Google, Sonos attaquera-t-il Amazon ?

Sonos a clairement indiqué que Google comme Amazon avaient violé ses brevets. Dans un premier temps, Sonos a décidé d’attaquer un seul des deux géants. Attaquer les deux simultanément demanderait trop d’énergie.

Si Sonos venait à gagner son procès contre Google, Amazon devra être prêt à subir la même procédure !

Pourtant, il me semble que l’impact est bien moindre avec les produits Amazon Echo. Oui ils fonctionnent en synchronisation multiroom, mais celle-ci est limitée uniquement aux produits Amazon. On ne peut pas les grouper avec des appareils de marques différentes.

Les procès auront-ils un impact sur la présence des assistants vocaux ?

Aujourd’hui, Sonos intègre les deux assistants vocaux phares : celui de Google et celui d’Amazon. Et en parallèle, il cherche à les mettre au tribunal. Est-ce que cette “guerre” pourrait compromettre la présence des assistants dans les enceintes One, Beam et Move de Sonos ?

Tout le monde a ses intérêts dans cette histoire, ils sont assez imbriqués. Cela facilitera peut-être un terrain d’entente pour que les procès deviennent rapidement de l’histoire ancienne. En dernier recours, il restera toujours à Sonos la technologie vocale Snips que la marque vient de racheter.

Une mauvaise posture, deux procès : quelles issues ?

Si l’on regarde la situation à travers les yeux de Sonos, on peut voir les choses ainsi :

  • le problème du recyclage intéresse une infime partie des clients existants et à venir de la marque, il n’aura pas d’impact sur l’image de la marque ni sur les ventes
  • Sonos a remporté le procès contre HEOS ; basé sur la violation des mêmes brevets il les remportera contre Lenbrook et Google

On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. On peut analyser la situation avec un autre point de vue :

  • le problème du recyclage va s’amplifier, surtout dans le cas où les plus anciens produits concernés ne seront plus supportés du tout du jour au lendemain
  • en tort ou pas, Google trouvera le moyen de se défendre et de remporter le procès contre Sonos

Autre possibilité : et si Google rachetait Sonos ?

6 commentaires

  1. bizarre, j’ai des anciens produits Logitech qui tournent toujours, avec Logitech Media Server qui permettent la synchro multiroom, donc bien avant l’arrivée de Sonos et son système fermé.

    1. Effectivement, j’avais écrit un paragraphe à ce sujet que je n’ai finalement pas conservé. La solution Logitech, ex-SlimDevices, est sortie avant Sonos. J’avais d’ailleurs deux lecteurs SlimMP3 avant que Sonos n’existe. 🙂

      Je ne les ai pas conservés, mais j’ai toujours deux Logitech Squeezebox ainsi que des Raspberry Pi en mode Squeezebox, le tout étant parfaitement reconnu par Roon !

      La solution Squeezebox possède les mêmes fonctions que Sonos. Cependant, elle repose sur un serveur central (local bien sûr) faisant tourner LMS. Alors que la solution Sonos est décentralisée et autonome.

      Je pense que cette différence fondamentale sépare les deux solutions. Et comme vous l’écrivez, ce mode de fonctionnement spécifique à la Squeezebox fait qu’elles fonctionnent et fonctionneront toujours.

  2. On va pas non plus regretter que les produits Sonos ne tombent pas en panne !
    Personne n’est obligé de prendre l’offre de reprise.
    Je ne comprend pas pourquoi s’en prendre a cette marque alors que les déchetteries sont pleines d’appareils en état de fonctionnement.

    1. J’ai remarqué dans les différents articles traitant de ce sujet qu’il y avait des personnes contre et d’autres pour. Ce sujet ne fait pas l’unanimité.

      Je comprends votre point de vue. Comme je l’ai écrit dans l’article, je ne jette pas la pierre à Sonos, tous les fabricants de produits électroniques connectés sont concernés par le sujet.

      A la déchèterie, il y a plein de produit qui fonctionnent. Ils sont d’ailleurs souvent récupérés. Vous pouvez aussi déposer un appareil en fonctionnement dont vous ne voulez plus chez Emmaüs ou autre.

      Dans cette affaire, ce qui pose problème d’un point de vue éthique, c’est de mettre volontairement hors service un produit qui fonctionne pour en faire un nouveau déchet irrécupérable. Chacun fait ce qu’il veut avec les appareils qu’il achète et qu’il veut jeter bien sûr, mais dans ce cas, c’est le fabricant lui-même qui demande de créer ce déchet.

      S’ils avaient dit “la condition est de nous renvoyer le produit ancien pour bénéficier des 30%”, sans qu’ils aient besoin de préciser ce qu’ils allaient en faire (les remettre en service ou les détruire), cette polémique n’aurait jamais existé.

      Malgré tout, il y a clairement l’idée de faire disparaître les produits les plus anciens du circuit. La question que je pose dans l’article : est-ce parce que dans une mise à jour à venir, les Connect, Connect:Amp et Play:5 encore en fonctionnement seront désactivés à distance ? Je pose cette question car Sonos l’a déjà fait par le passé.

      Et cela n’est pas lié à Sonos exclusivement. Tous les fabricants d’appareils connectés seront confrontés à cette problématique un jour ou l’autre.

      Ce qui renvoie à cet article : https://www.multiroom.fr/un-appareil-dependant-a-100-du-cloud-ne-devrait-il-pas-etre-disponible-uniquement-a-la-location/

  3. Sonos a toujours été des plus correcte avec ses utilisateurs…. ils ont rendu possible un upgrade logiciel gratuit au cours du temps pendant de très longues année et continuent dans la mesure du possible mais bien sûr pour un upgrade hardware il est logique que se soit autrement !

    Contrairement à ce qui est décrit dans l’article, les CR200 fonctionnent parfaitement chez moi….

    Mais je comprend que pour une marque high-tech, garder d’anciens produits actifs peut limiter l’expérience utilisateur et l’évolution de celle-ci…. pour ne pas parler du handicap business comme vous le dites ….

    Ils s’ouvrent à d’autres secteurs de distribution Par des achats croisés avec des gammes partenaires IKEA, Sonance, Flexson …. c’est plustot judicieux

    1. Je trouve également la politique de Sonos tout à fait correcte, ne nous méprenons pas. Leur degré d’attention au client est sûrement l’un des plus élevé du marché. Je pense que le nombre d’articles dédiés sur ce blog à la marque sont assez nombreux pour le prouver. 🙂

      Le problème auquel ils sont confrontés est tout nouveau. Avant les années 2000, il n’existait pas de produit audio/vidéo grand public dépendant du cloud. Un amplificateur des années 70 fonctionne aujourd’hui et fonctionnera encore dans 100 ans. Un appareil dépendant de mises à jour et d’une connexion Internet a une durée de vie beaucoup plus limitée malheureusement.

      Effectivement, l’ouverture et les partenariats de Sonos représentent de formidables voies de développement. C’est exactement ce que fait Devialet également.

      PS: Vous avez raison pour la CR200, j’ai voulu l’enterrer trop vite, c’est corrigé dans le texte.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *